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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 00:15

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Le cinéma d’aujourd’hui a vu son vocabulaire s’enrichir depuis une quinzaine d’années. Il ne se passe pas une semaine sans que les médias du monde entier parlent de remake, reboot, préquelle ou séquelle.

 

Des projets farfelus, des adaptations sans saveur, des annonces pour le moins douteuses polluent notre plaisir basique de cinéphile. Les plus intransigeants d’entre nous estiment qu’une partie d’une 7ème art semble courir à sa perte.

 

Notre patrimoine, notre histoire personnelle d’amoureux du cinéma est pavé de classiques, de références incontournables qui traversent allégrement les décennies sans subir les affres du temps et la volonté clairement affichée de producteurs en mal d’inspiration de vouloir coûte que coûte moderniser ces icônes que nous citons sans cesse dans nos conversations.

 

"Alien" de Ridley Scott fait partie de ces incontournables de ce patrimoine cinématographique. Un long métrage fondateur sans cesse copié mais jamais égalé selon la formulé consacrée.

 

Nous avons tous en mémoire des images fortes (le xénormorphe accroché au visage de Kane-John Hurt, le sang giclant sur le corps de Lambert-Veronica Cartwright), l’impression d’étouffement progressif provoqué par l’exiguïté du "Nostromo", la vision de la créature imaginée par Giger, la musique de Jerry Goldsmith et surtout la maestria de la mise en scène.

 

Petite aparté : le blu-ray rend vraiment grâce au film de 1979. La restauration technologique permet de redécouvrir bien des aspects de l’œuvre.

 

L’annonce, voilà bientôt 18 mois, de la mise en chantier d’un projet "s’inspirant" de son illustre devancier en a déconcerté plus d’un, moi le premier.

 

Et si Ridley Scott avait cédé comme bien aux grands argentiers du cinéma ?

 

Il n’est jamais bon de laisser s’emballer la machine. Nous avons eu le droit à une impressionnante collection de rumeurs, démentis, nouvelles alarmantes etc... j’en passe et des meilleurs.

 

Il est certain aussi que Ridley Scott lui-même a volontairement brouillé les pistes puisqu’à l’origine il n’était même pas certain qu'il soit aux commandes de ce projet insensé.


En réalité il ne faut pas grand-chose pour que la magie opère : une première photo, une affiche à l’esthétique minimaliste mais très efficace et surtout une première bande annonce coup de poing ont suffit à calmer l’ardeur des plus vindicatifs.

 

"Prometheus" était né.

 

Il ne manquait plus qu’une sortie cinéma. Car après tout, tous les discours du monde, les idées émises au préalable dans les rédactions ou dans les salons ne remplaceront JAMAIS l’intimité d’une salle obscure quand le spectateur est confronté directement à l’objet de son désir.

 

En une semaine j’ai vu deux fois "Prometheus" (VO-2D et VF-IMAX 3D) et je dois reconnaître que le long métrage de Ridley Scott est, veuillez m’excuser pour mon langage trivial, un "putain de film".

 

Un véritable coup de génie. Ridley Scott marque le terrain une nouvelle fois avec un film ambitieux et racé.

 

J’aurai du commencer mon article par une déclaration en forme d’évidence mais ami spectateur si tu vas au cinéma pour voir du "Alien" réchauffé à la mode du 21ème siècle, alors passe ton chemin et ne dépense pas ton argent inutilement.

 

Même si la filiation intellectuelle, culturelle et filmographique est évidente, intime même, "Prometheus" est bien autre chose.

 

Personne ne niera le fait que nous évoluons dans un univers familier. La réussite initiale de Ridley Scott est d’ouvrir la perspective dès les premiers instants du long métrage.

 

Au centre de l’œuvre est enracinée la problématique sur l’origine de la vie et du monde terrestre tel que nous le connaissons. Le voyage inter galactique qu’entreprennent les héros du long métrage prend l’apparence d’une quête quasi biblique sur la genèse de l’homme. L’hypothèse d’une création extra-terrestre décidée par des "Architectes" s’impose à nous avec force et beauté.

 

Cependant tout n’est qu’une histoire d’interprétation personnelle car la qualité de "Prometheus" est de provoquer la réflexion qui engendre elle-même l’élaboration de théories diverses et variées. La toile n’a pas fini de s’enflammer avec ces dernières.

 

L’immersion est totale. Le film est passionnant, osé, grandiose à de nombreuses reprises.

 

Les scénaristes, dont Damon Lindelof, ont su créer un ensemble cohérent et intelligent. A aucun moment la trame narrative ne cède aux sirènes de la facilité et de la gratuité.

 

Les événements se déroulant sur LV-223 (planète d’origine du xénomorphe dans "Alien") nous interpellaient forcément mais l’habilité du metteur en scène est de ne pas se livrer à un jeu de questions-réponses pendant deux heures. Vouloir tout expliquer aurait été suicidaire.

 

Ridley Scott a su osciller avec succès entre filiation et mise à distance. Son "Prometheus" gravite dans la galaxie de son prédécesseur mais conserve son indépendance, sa fraîcheur et surtout sa liberté de ton.

 

N’oublions pas tout de même que "Prometheus" est aussi un formidable long métrage de science-fiction. Tous les codes en vigueur sont respectés. Les univers graphiques sont d’une esthétique à couper le souffle. Les décors intérieurs ont un design qui impressionne par la pureté et la justesse des lignes. On apprécie énormément le mariage réussi entre des tonalités que tout pourrait opposer.

 

Les paysages (dont ceux issus du tournage en Islande) émerveillent par leur côté "extra-terrestre". La profondeur de champ est saisissante et la rudesse du climat nous explose au visage.

 

Plutôt que de miser sur la débauche de lieux et d’événements, Ridley Scott a préféré la cohérence d’un monde centré autour d’un étrange site archéologique qui recèle bien des secrets.

 

Je dis souvent qu’un long métrage est une histoire de rythme. Ridley Scott, comme souvent par le passé, a su alterner les moments intenses, intrépides, déroutants et les situations où le temps semble suspendre son vol.

 

Au fil des minutes la tension s’installe et surtout le doute s’insinue dans nos esprits. Le rôle de l’androïde David (l’incontournable Michael Fassbender) est plus que central. Le travail d’Elisabeth Shaw (Noomi Rapace), être à la fois empreint de rationalité scientifique et d’une certaine mystique religieuse, cimente l’ensemble. Leurs relations, interactions, échanges sont les pivots du film.

 

C’est l’un des canons de la galaxie Scottienne, à l’image des duos Ripley (Sigourney Weaver)-Ash(Ian Holm)dans "Alien" mais surtout Rick Deckard (Harrison Ford)-Roy Batty (Rutger Hauer) dans "Blade Runner". Le David de "Prometheus" ressemble plus, à bien des égards à un réplicant.

 

"Prometheus" nous tient en haleine jusqu’au bout. On ne s’y ennuie pas une seule seconde. Nous avons le droit à notre lot de poussées d’adrénaline. Nous tressautons ici ou là quand apparaissent certaines créatures.  

 

Même si l’écueil principal était de transformer le film en une compilation didactique, je suis sorti de la salle, comme bien d’autres, un rien frustré. Si le film apporte certaines réponses (et je n’en dirai pas trop), le long métrage ne constitue qu’une première étape sur le chemin de la vérité, si vérité il y a un jour.

 

Je ne m’en lasse pas mais plastiquement le film est d’une beauté renversante. Les effets spéciaux sont ambitieux et maîtrisés avec une rare efficacité.

 

La musique de Marc Streitenfeld est réellement divine à écouter. 

 

Même si une film comporte une galerie de personnages intéressants, dont certains sont il est vrai relativement sacrifiés au propre comme au figuré, tels que Meredith Vickers (Charlize Theron), le capitaine Janek (Idris Elba) voire même Peter Weyland (Guy Pearce), l’homme par qui tout survient, il est indéniable que le film propulse sur le devant de la scène deux comédiens d’une très grande classe.

 

Michael Fassbender est devenu en moins de cinq ans un acteur de premier plan à l’aise dans beaucoup de registres. Dans "Prometheus", son détachement empreint d’un certain cynisme, son expression corporelle, son visage vide d'émotions semble-t-il font merveille.

 

Noomi Rapace est né du néant. Je profite pour présenter ici mes plus humbles excuses à Rooney Mara qui est une comédienne de grand talent, mais Noomi Rapace restera à mes yeux à jamais comme LA Lisbeth Salander. L’actrice suédoise transforme l’essai dans "Prometheus". Son large sourire illumine l’écran. Sa passion, sa soif d’apprendre sont communicatifs.

 

"Prometheus" comblera tous les publics. Le film est autonome mais s’insère aussi dans un vaste univers cohérent plastiquement et idéologiquement proche. Ridley Scott n’a pas recyclé de vieux matériaux mais a enfanté un film au scénario ambitieux et à l’aspect qui ravira les jeunes générations amoureuses du tout technologique.

 

L’œuvre s’appuie aussi sur la performance de comédiens parfaitement choisis et à l’aise dans ce monde-là.  

 

PS : L’IMAX 3D ne m’a pas apporté ce que j’espérais. Je suis un poil déçu.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 08:35
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Pour plus d'informations : ici.
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 10:00

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L’espion est l’une des figures emblématiques du 7ème art. La mythologie et le mystère qui entourent ce type de héros alimentent sans cesse l’imagination fertile des créateurs de tout poil. Et bien évidemment l’histoire politico-militaire de la seconde moitié du 20ème siècle a largement contribué au développement de stéréotypes qui perdurent encore de nos jours.

 

Je suis comme bon nombre de cinéphiles, ces protagonistes énigmatiques, solitaires, intrépides me fascinent énormément.

 

Je suis bon public et j’adore m’immerger dans ces univers où tout n’est qu’apparences et illusions.

 

Je me suis précipité à la projection de "La taupe" mis en scène par Tomas Alfredson (auquel je vous une reconnaissance éternelle et universelle pour avoir réalisé "Morse") d’après un roman éponyme de John le Carré.

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet deux précisions : j’aurais tellement aimé que le long métrage conserve son titre original "Tinker, Tailor, Soldier, Spy" plutôt que le trop banal et trop générique "La Taupe".

 

Cher lecteur je préfère te mettre en garde pour ne pas que tu sois dupé sur la qualité du "produit" : "La Taupe" n’est pas une œuvre sévèrement "bourné" avec un rebondissement par seconde et une caméra qui tressaute sans arrêt, mais un film classique dans sa forme, au rythme très particulier où le dit et le non-dit tiennent une place si prépondérante.

 

Autre élément de taille que je vais évacuer tout de suite concerne la sempiternelle et épineuse question de l’adaptation du matériau brut. Je n’ai pas (encore ?) lu le roman de John Le Carré, j’ai donc les coudées franches pour donner mon avis et aucun point de repère. Et c’est tant mieux après tout.

 

Qu’importe l’angle d’attaque choisi mais le film en lui-même pose problème. Le long métrage de Tomas Alfredson divise déjà les cinéphiles sur le rendu final. Verre à moitié vide ? Verre à moitié plein ? Chaque camp défendra bec et ongles son interprétation.

 

Je ne vais pas bouder mon plaisir : j’ai aimé le film même si je suis resté quand même sur ma faim.

 

Le propos, la plongée au cœur du "Cirque" – surnom du MI6 en raison de sa localisation à Cambridge Circus m’a procuré des sensations que seul le cinéma peut occasionner.

 

Nous évoluons au beau milieu d’un monde où le secret, la trahison, la mort, les rancoeurs sont légions. L’amour et l’amitié sont de simples données accessoires et bien souvent elles aussi illusoires.

 

Le cadre est l’Angleterre des années 70 et la toile de fond politique et historique demeure la guerre froide entre le bloc occidentale et le bloc soviétique. George Smiley (Gary Oldman) doit traquer et débusquer une taupe russe infiltrée au plus haut niveau du Cirque.

 

Le spectateur est littéralement enthousiasmé par cette quête de vérité. Le but de George Smiley est simple : mettre à jour le traître sans éveiller les soupçons des cibles potentielles appartenant toutes à l’appareil décisionnaire du MI-6.

 

"La Taupe" est incontestablement une réussite formelle. La reconstitution de l’atmosphère des années 70 est phénoménale. Tomas Alfredson n’a visiblement pas lésiné sur ce plan là. Les pièces enfumées, les tapisseries hideuses aux motifs criards, les bâtiments marqués l'usure du temps donnent un cachet de véracité qui participe pleinement à ce phénomène d’indentification à une époque et à notre volonté de nous perdre dans un cadre qui n’est pas la notre. Une multitude de détails fourmille ici ou là. On y croit d’un bout à l’autre. Ce que l’on nomme parfois abusivement la magie du cinéma, opère pleinement ici.

 

"La Taupe" est un long métrage où la parole tient une place prépondérante et parallèlement les silences appuyés, les pauses dans le discours, les regards soutenus donnent du corps à l’ensemble.

 

Le propos est noble et séduisant mais très vite la question du rythme du long métrage pose problème. Aux nombreuses conversations, interrogatoires, mises au point succèdent d’autres conversations. "La Taupe" s’enlise dans une sorte de lenteur pénalisante. Certes je savais où je mettais les pieds mais à force de vouloir absolument tout démontrer par le verbe, au lieu de montrer tout simplement, le film perd de son pouvoir d’attraction.

 

La révélation de l’identité de la taupe, son destin et le final sans saveur particulière concluent l’œuvre sans que le grand frisson parcoure notre échine. Même dans sa conclusion le long métrage se révèle bien trop didactique.

 

Le spectateur est noyé sous une tonne d’informations, de précisions qui nécessiteraient certainement un temps d’analyse mais le long métrage avance tranquillement sans prendre la peine de se poser par moments. On a même l’impression parfois que l’œuvre s’adresse exclusivement aux amateurs de John Le Carré familiarisés au propos de l’auteur.

 

De plus j’ai choisi d’assister à la projection dans la langue de Shakespeare, ce qui représente certainement un handicap pour ce type de film où la concentration et l’attention doivent être indubitablement élevées.

 

Parler de film ennuyeux est à mon sens exagéré et malhonnête mais je pense que Tomas Alfredson n’a pas su ou voulu prendre de risques inconsidérés. Sa réalisation, soignée, léchée et bien ordonnée, manque de piquant par moments et joue trop la carte du classicisme et de la sécurité.

 

L’autre reproche majeur concerne le traitement des personnages.

 

Certes George Smiley devient au fil des minutes le protagoniste auquel nous nous identifions le mieux car le spectateur est placé dans la même position que l’enquêteur qui traque la taupe dans un ensemble où tout n’est que manipulation(s) : nous évoluons au beau milieu des faux semblants et l’ombre nous enveloppe, nous rassemblons des informations malgré tout, nous privilégions un suspect plutôt qu’un autre, puis la lumière se fait jour et la vérité éclate.

 

Smiley bénéficie d’une caractérisation qui rendrait jaloux d’autres cinéastes et son étude psychologique est de tout premier ordre tandis que les autres protagonistes sont quelque peu sacrifiés. Pendant deux heures que dure le film les Tinker, Tailor, Soldier, Spy demeurent des coquilles vides sans véritables développements ni épaisseur. Le travail de Tomas Alfreson manque de profondeur à ce niveau.

 

Et c’est bien dommage car "La Taupe" réunit un casting exceptionnel mélangeant les valeurs sûres (Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth, Ciarán Hinds, Toby Jones), une étoile montante (Mark Strong) et deux talents très prometteurs (Benedict Cumberbatch et Tom Hardy). Il se dégage la très désagréable impression que malgré leur statut certains acteurs sont notablement sous employés.

 

Il y a comme des hésitations, des atermoiements coupables dans la gestion de tous ces egos. A force de vouloir empiler les premiers rôles masculins, "La Taupe" perd de son impact sur le public. Un protagoniste sort d’une pièce, oui et alors !!! Tandis qu’on aimerait s’attacher plus durablement.

 

Gary Oldman est excellent une fois de plus (un lieu commun à force), Mark Strong tire son épingle du jeu alors que spectateur est séduit par le duo Tom Hardy/ Benedict Cumberbatch.

 

"La Taupe" mérite quand même votre intérêt car il est de notoriété publique que les romans de John Le Carré appartiennent à la catégorie de livres de fiction dont la mécanique est très difficile à porter à l’écran.

 

Tomas Alfredson s’y est collé et son long métrage a de nombreuses qualités amoindries par quelques défauts pénalisant.

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 13:00

millenium-les-hommes-qui-n-aimaient-pas-les-femmes-the-girl

 

 

 

Pas facile de reprendre la plume. Il fallait trouver un film événement du 7ème art pour me sortir de ma retraite d’ours rédacteur

 

"Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de David Fincher est de cet acabit.

 

Le metteur en scène américain prouve en un peu plus de deux heures et demie que le bonhomme appartient à la race des seigneurs, expression quelque peu galvaudée par certains au 20ème siècle, du cinéma mondial.

 

Mais petit retour en arrière.

 

Je suis tombé sous le charme de la saga "Millenium" de Stieg Larsson il y a quelques temps déjà. J’adore les livres. J’ai vu tous les films en salles, je possède les DVD et l’édition Blu-Ray de la série. Je suis fasciné par cet univers unique en son genre. A maintes reprises j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer avec vous le sujet en long et en large.

 

J’ai toujours été Franc avec vous. L’annonce de la mise en chantier d’une "relecture" engagée par le cinéma américain a soulevé chez moi une tempête d’interrogations. L’éternelle rengaine. Le cinéma d’outre-atlantique reprenant à son compte les pépites de l’art européen car le public là-bas a moult raisons de se plaindre  (une fois c’est les sous-titres qui sont durs à suivre, une fois c’est le cadre spatio-temporel ou les coutumes locales qui les déroutent, enfin bref, passons).

 

Immédiatement la production a donné des gages du sérieux de son entreprise. Le film serait tourné en suède sur les lieux mêmes de l’action (ou tout du moins pour la première équipe) avec des comédiens du cru (pour les seconds rôles en tout cas). Mais la décision majeure fut de confier le poste de metteur en scène à David Fincher. L’adhésion des plus sceptiques fut alors immédiate. Il était inconcevable qu’un tel Monsieur du cinéma s’engage simplement à transposer le long métrage suédois de Niels Arden Oplev sans y apporter son génie créateur et sa touche personnelle.

 

Le jour où David Fincher réalisera un film de studio dit "de commande", il perdra une bonne partie de son auditoire.

 

Avant de rédiger cette chronique je me suis longuement demandé si l’angle d’attaque souhaité serait de comparer ou non les deux longs métrages entre eux. Au final je pense qu'il faut s’abstenir d’un tel procédé.

 

Cela vaut aussi pour pour le livre lui-même. Stieg Larsson avait sa vision des choses. Une fois le livre sorti "Millenium" appartenait dès lors aux lecteurs. En parcourant les volumineux ouvrages, j'ai créé au fil des semaines mon propre schéma mental et j'imagine sans surprises qu'un autre lecteur aura une démarche à la fois identique et forcément originale.

 

Vous savez les (fameux) goûts et les couleurs...

 

Mais si vous tenez absolument à vous prêter à ce passe-temps périlleux et incertain, il faut alors vous procurer la version télévisée du film d’Oplev comportant 40 minutes de plus (également pour les volets 2 et 3). Votre approche sera alors plus juste sur le fond et la forme.

 

"Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" n’est pas un remake, c’est une évidence.

 

J’assimile cela à du théâtre. Le matériau de base est si riche, si dense que des approches nuancées et pourtant complémentaires sont compatibles.

 

L’écriture de Stieg Larsson est réellement d’une qualité supérieure et permet des niveaux de lecture assurément différents. Les romans fourmillent d’une multitude de détails, de précisions. Malgré deux adaptations du premier tome de la saga littéraire (et les deux séquelles cinématographiques pour le volet suédois), il n’est pas complètement idiot qu’émerge un jour une troisième production.

 

Ainsi je ne vais vous dire que le Oplev est "moins que" ou le Fincher "plus que", ça serait stupide de ma part. Pour avoir donc vu les deux longs métrages, je peux vous affirmer que les œuvres sont à semblables et distinctes, complémentaires et uniques.

 

Le mérite de l’opus suédois est d’avoir défriché le terrain et d’essuyer par la même occasion le feu de la critique. Il n’est pas nécessaire d’avoir vu l’un (et je ne vous indique pas d’ordre chronologique quand j’évoque "l’un") pour apprécier l’autre.

 

Le seul handicap me concernant était de connaître par cœur la trame narrative, de penser que tel passage clé allait forcément survenir. J’oubliais seulement (ou du moins je ne l’espérais pas autant) que David Fincher était derrière la caméra.

 

Car "Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" est un chef d’œuvre marquant à plus d’un titre. David Fincher développe un propos unique, étonnant, majestueux en s’appropriant à son compte les moments forts du livre/ film. Il fait sien le travail de Stieg Larsson en magnifiant aussi les centres d’intérêt et moments charnières de "Millenium".

 

Le coup de force majeur est d’ouvrir le film par une séquence déjà culte. Le cinéphile de base que je suis s’est affranchi en quelques secondes de toute crainte ou idée préconçue. J’ai remisé au placard le jeu des comparaisons mentales qui consisterait à disséquer plan par plan les deux longs métrages.

 

Ce début génialissime, souligné par un graphisme dantesque, la spectaculaire reprise de la chanson "Immigrant Song" de Led Zeppelin orchestrée de mains de maître par Trent Reznor et Atticus Ross auquel s’attache la voix si particulière de Karen O ancre le film de David Fincher de plein pied dans la violence, le sexe, le crime et la cyberculture.  

 

Petite précision : au moment où je rédige ces lignes, la musique des Sieurs Reznor et Atticus tonne dans mon casque.  

 

Le long métrage est envoûtant, captivant, déconcertant, Prenant.

 

Fincher réussit son pari : passionner son monde. Fincher fait du Fincher et non pas du Oplev + Larsson revisité.

 

Dès les premiers instants nous faisons connaissance avec les deux figures de proue de l’œuvre : l’énigmatique Mikael Blomkvist (Daniel Craig) et la mystérieuse, dérangeante, inclassable Lisbeth Salander (Rooney Mara). La magie opère instantanément.

 

Fincher ordonne l’intrigue principale et les problématiques secondaires avec efficacité et savoir-faire et place ses pièces tel un maître d’échecs avec une précision diabolique. Les différents enjeux du film s’imbriquent avec une redoutable efficacité. Nous allons d’une question à l’autre (l’enquête policière, les relations Mikael-Lisbeth, le différent Blomkvist-Wennerström) sans y perdre notre latin. David Fincher équilibre les forces en présence si j’ose dire sans oublier sa mission première : nous en mettre plein la vue.

 

Ses personnages ont de l’épaisseur, les silhouettes secondaires ne sont pas sacrifiées sur l’autel de la facilité. En deux ou trois traits de caractères le génial réalisateur nous propose ses protagonistes sous leur meilleur jour. L’accessoire est laissé de côté et le sel de chaque être explose devant la caméra.

 

Le metteur en scène prend son temps pour nous mener sur le chemin de la vérité. Le scénario de Steven Zaillian, d’une précision chirurgicale, permet toutes les latitudes et libertés de mouvement.

 

"Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" prend son temps certes pour s’offrir à nous mais ne néglige pas pour autant l’efficacité dans l’image. A trois ou quatre reprises la tension explose littéralement à l’occasion de séquences démentes (outre celle bien sûr du viol de Lisbeth Salander). Des instants savamment distillés précédés par une ambiance progressivement étouffante.  

 

Le sexe nous est présenté sans tabous ni fausse pudeur (vive les films américains où nous passons directement du premier baiser du samedi soir au petit-déjeuner du dimanche matin). Fincher se lâche sans avoir peur de choquer son monde. La scène du viol de Lisbeth Salander est emblématique à plus d’un titre : basique, crue, immonde. Je suis même surpris que les biens pensants du 7ème art américain n’ait pas censuré le film, même si au final l’œuvre a écopé d’une classification "R" aux Etats-Unis (soit interdit aux moins de 17 ans non accompagnés).

 

Le parti pris de filmer en Suède, plutôt qu’au Canada ou au nord des Etats-Unis, donne à l’ensemble un cachet d’authenticité et de véracité. Les noms de personnages, l’architecture, les costumes, la reconstitution de la Suède des années 60 où s’ancrent une partie des mystères de la famille Vanger, participent au phénomène de totale immersion du spectateur dans un univers qu’il fait sien. Nous nageons au beau milieu des eaux troublées d’une Suède incertaine, criminelle loin des cartes postales.

 

Les panoramas sont splendides. Tel un peintre impressionniste, David Fincher saisit le meilleur de chaque paysage et restitue par petites touches subtiles l’immensité glaciale et l’hostilité de certaines contrées.

 

Comme je l’ai déjà dit tout est une histoire de montage et de rythme. David Fincher découpe son propos comme seuls savent procéder les plus grands. L’alternance de moments faibles (en terme d’action seulement, n’oublions pas la qualité des dialogues et le charisme des protagonistes) et d’instants où tout s’échappe s’harmonise avec soin.

 

Les allers-retours entre le passé et le présent ne sont ni gratuits ni superficiels. L’intrigue prend sa source dans un passé lourd, chaotique même et trouve sa résolution dans un présent tout aussi calamiteux.

 

Je vais me parjurer ici et jouer au jeu des comparaisons entre les films pour souligner le seul défaut, ou plutôt ma seule insatisfaction, que je trouve dans la version de David Fincher et qui concerne la résolution des crimes de ces "hommes" justement "qui n’aimaient pas les femmes".

 

A mon sens le final est trop dense, trop rapide. La solution méritait certainement plus de didactisme. Le long métrage suédois de Niels Arden Oplev était incontestablement plus démonstratif et brillant dans ce domaine.

 

La maestria du metteur en scène est de rendre intéressant le moindre des aspects de son propos. Les cyber-recherches du tueur en série sont pour le moins captivantes.

 

La partition musicale composée par Trent Reznor et Atticus Ross est troublante. Les morceaux s’étirent en longueur ou résonnent comme de rapides uppercuts décrochés en un éclair. Les sonorités industrielles nous plongent dans une sorte de monde électro-accoustique et artificiel qui sied parfaitement aux images.

 

David Fincher n’est pas un idiot et a compris comme des millions de personnes que "Millenium" était Lisbeth Salander et que Lisbeth Salander était "Millenium". Sa Lisbeth est inclassable, iconoclaste, incontournable et nécessaire. Un être de pellicule qui s’approprie l’écran à chacune de ses apparitions.

 

Le spectateur est fasciné par ce petit bout de femme-enfant à la fois candide et profondément résigné sur la noirceur du monde qui l’entoure. Un personnage qui refuse les conventions, les règles édictées par la société. J’ai horreur du mot "rebelle" qui ne veut rien dire à mon sens (trop imparfait, trop générique car trop employé à tort et à travers). Lisbeth Salander obéit à Lisbeth Salander et c’est déjà beaucoup.

 

Il fallait forcément trouver une actrice avec des épaules solides. Si David Fincher s’était planté, nous pouvions passer à autre chose.

 

Rooney Mara est phénoménale. Elle s’approprie le personnage avec une incroyable autorité et une parfaite maîtrise. On est fasciné d'un bout à l'autre du film par sa capacité à prendre posséssion de cette fille au dragon tatoué. Un tour de force énorme.

 

Lisbeth Salander est décidemment un personnage qui porte chance à ses interprètes.

 

Noomi Rapace est sorti de l’anonymat scandinave (je sais c’est méprisant mais je vous parle du point de vue d’un cinéphile français) pour entrer dans la cour des grands d’Hollywood (et allez hop encore un lieu commun) à l’occasion de son travail sur la première trilogie cinématographique et il est clair que Rooney Mara va changer de statut.

 

A ses côtes il reste peu de place. Daniel Craig s’en tire avec les honneurs dans son rôle de journaliste réservé (avec son éternel regard bleu acier glacial). J’ai toujours eu de l’intérêt pour Stellan Skarsgård. Il incarne ici un salaud de la pire espèce qui se révèle parfois sympathique, un comble !!!

 

Yorick van Wageningen, interprétant Nils Bjurman le nouveau tuteur et violeur de Lisbeth Salander, est une révélation et une très bonne surprise. Fincher prouve par la même occasion que ses directeurs de casting sont très efficaces. "Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" est composé  d’un parterre de comédiens venus de pays et d’horizons très distincts. L’alchimie est plus que brillante.

 

Enfin j’ai une tendresse particulière pour Christopher Plummer dont la carrière et les rôles se bonifient avec les années.

 

Mon seul regret : Robin Wright manque cruellement de présence et de prestance. Sa relation très particulière avec Mikael manque de profondeur de champs. Je pense que c’est l’un des choix osés de David Fincher : sacrifier l’une des intrigues (amoureuses) secondaires pour ne pas perdre une partie des spectateurs en chemin. La trame étant déjà suffisamment arachnéenne, pas la peine d’en rajouter outre mesure.

 

"Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" est un long métrage majeur. Un régal pour les cinéphiles et les autres. Chacun y trouvera forcément un ou plusieurs centres d’intérêt.

 

Mais je me répète : voir le Fincher ne veut absolument pas dire qu’il faut rejeter tout ce qui a précédé. David Fincher a bénéficié d’un budget confortable, en adéquation avec ses ambitions et le "produit" final s’en ressent mais tourner le dos au passé serait à mon sens une pure hérésie.

 

Maintenant la question qui me taraude (comme des millions d’amoureux du cinéma) est la suivante : s’attaquera-t-il aux volets deux et trois de la saga livresque ? Le passé douloureux de Lisbeth Salander remontera-t-il à la surface ?

 

Il est vrai que "Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" donne très peu d’informations sur la jeunesse de notre héroïne, à l’exception d’une phrase sibylline qui résume à elle-seule Lisbeth Salander.

 

Mais tout cela n’est que conjecture. Avant cela David Fincher va s’attaquer à un Everest : "20 000 lieues sous les mers".

 

David Fincher est un homme qui aimait, aime et aimera le cinéma.

 

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 11:00

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Le cinéma nous réserve parfois de drôles de surprises. La bande annonce de "Never Let Me Go" me laissait supposer que j’allais être plongé dans un drame amoureux on ne peut plus basique.

 

Je me suis fourvoyé dans les plus grandes largeurs.

 

Le long métrage de Mark Romanek, adaptation d’un roman à succès du japonais Kazuo Ishiguro, est bien plus que cela.

 

Ce qui frappe les spectateurs est avant tout la tonalité extrêmement pessimiste de l’ensemble. L’œuvre nous égratigne et le spectateur n’en sort pas indemne.

 

Le film possède une étonnante force intrinsèque, une puissance poétique troublante.

 

Le récit se déroule à plusieurs époques. Trois protagonistes sont au cœur du film : Kathy (Carey Mulligan) qui nous narre la chronique des événements passés et ses deux amis de toujours, Tommy (Andrew Garfield) et Ruth (Kiera Knightley).

 

L’entame, à la fois habile et mystérieuse, et nous immerge dans un univers où le temps semble s’être arrêté. Nous partageons le quotidien de ces trois pensionnaires et de leurs congénères élevés dans la plus pure tradition britannique au sein d’une institution de renom. Un espace où les coutumes, les savoirs faire séculaires permettent de façonner les esprits tout en respectant le bien être moral et la santé de jeunes pouces. Le tableau est idyllique.

 

Le spectateur est touché par les jeux puérils, les babillages et les amourettes de protagonistes innocents et plein de grâce.

 

Mais soudain ce miroir aux alouettes se fissure et nous laisse entrevoir la terrible et tragique vérité.

 

Le cadre est en fait une Angleterre "parallèle" dans laquelle ces jeunes gens grandissent jusqu‘à un certain âge mais ne sont destinés à vivre vieux. Leur sort est réglé depuis des lustres. Leurs organes vitaux sont prélevés en plusieurs fois et il est très rare qu’un adulte survive après son troisième "don".

 

"Never Let Me Go" peut se voir aussi comme un vaste questionnement sur le don de soi, une interrogation sur le sens de la vie. L’œuvre nous heurte, nous émeut. Le tragique de la situation réduit à néant l’optimisme béat qui sommeille au plus profond de nous. L’altérité de ce monde nous choque profondément.

 

L’autre élément qui touche notre sens commun est la résignation qui habite les personnages. Parce qu’ils ont été élevés pour ça, l’idée de remettre en cause le système ne leur vient même pas à l’esprit. Le concept de fuite est une aberration. Habilement le long métrage met en jeu des valeurs telle que la destinée et l’inéluctabilité d’une situation.

 

Dans sa globalité le film s’appréhende comme une sorte de chronique philosophique d’un monde pas si éloigné du notre. Nos peurs, nos propres interrogations, nos angoisses trouvent un formidable écho dans "Never Let Me Go".

 

Dans "Never Let Me Go" le rythme est très lent. Un tempo qui permet aux situations de s’installer avec quiétude. De manière posée nous faisons connaissance avec des protagonistes (enfants puis adultes) qui se révèlent être attachants au plus haut point.

 

Des êtres qui forment un triangle où amour et amitié rivalisent constamment. Les liens tissés depuis l’enfance se révèlent finalement plus forts que tout.


Mais leur avenir est scellé. L’amour est mort né.

 

Toutefois une certaine soif de vivre anime Kathy, Tommy et Ruth. Un besoin d’exister sur le moment et surtout de ne pas se projeter dans le futur. Une instantanéité qui apporte au spectateur un certain réconfort très vite tempéré, voire carrément altéré au final, par l'inexorabilité du sort qui les attend.

 

Mark Romanek a choisi de de filmer d'une manière épurée du moindre artifice. Son travail est mis en valeur par une photographie d’une beauté phénoménale.

 

Le cadre spatio-temporel bucolique nous ramène à l’Angleterre des années 50-60. Les lieux d’étude, les cottages, les stations balnéaires nous sont familiers. Le metteur en scène a su créer une sorte de bulle réconfortante qui nimbe les héros du film. Le contraste avec le destin de ces jeunes gens est plus que saisissant.   

 

La trame narrative dramatique, empreinte de science fiction, laisse les personnages s’exprimer et surtout exister un temps il est vrai relativement court.

 

Le long métrage permet aux instants touchants de se faire jour. Des émotions à fleur de peau qui impriment leurs marques ça et là. "Never Let Me Go"est très émouvant. Les larmes ne sont jamais bien loin.

 

Kieira Knightley apparaît ici à son avantage. Sa composition est pleine de retenue et de sobriété. Andrew Garfield incarne un adolescent plein de contradictions et de rage avec juste ce qu’il faut pour retenir notre attention.

 

Toutefois c’est la prestation de Carey Mulligan qui emporte l’ensemble des suffrages. La jeune femme, à la beauté si particulière, entichée d’une sorte de sourire triste en coin tout au long du film, étonne par la qualité et la justesse de son jeu.

 

"Never Let Me Go" est un long métrage d’une tristesse abyssale qui ne vous donnera pas la pêche. Une œuvre qui pose beaucoup de questions mais qui apportent peu de réponses (qui est responsable de ce système de dons ?).

 

Mais le film comblera les cinéphiles grâce à l’élégance de sa mise en scène, la force des personnages et la teneur du propos.

 

Un film qui met en avant la résignation des protagonistes et qui tente de provoquer une réaction de nos consciences.

 

C’est tellement rare dans le 7ème art.


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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 13:45

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Comment susciter l’intérêt chez les cinéphiles quand la résolution d’une intrigue est connue ?

 

C’est un peu la quadrature du cercle qui anime les cinéastes mettant en scène un récit inspiré par des faits réels ou tiré d’une histoire vraie comme le veulent les formules consacrées.

 

En 2003 le monde a été choqué par la dramatique aventure vécue par l’alpiniste américain Aron Ralston. Après six jours de souffrance, le jeune homme a du se sectionner l’avant bras droit pour continuer à vivre.

 

A partir de ce tragique fait divers, narré par Ralston lui-même dans un livre autobiographique "Plus fort qu’un roc", Danny Boyle a mis en scène  "127 heures" avec James Franco dans le rôle titre.

 

Le postulat initial est largement dépassé. Le réalisateur britannique est comme à son habitude brillant dans son entreprise. Sa réussite d’homme de cinéma est de magnifier un récit brut, de mettre en images un récit poignant.

 

"127 heures" est une œuvre touchante, Une vraie aventure humaine et une histoire d’une force incroyable.

 

Même s’il est question d’amputation, de la perte d’un membre ou d’un possible décès, "127 heures" est avant tout un hymne à la vie hors du commun. Danny Boyle nous rive à notre fauteuil en nous faisant partager le quotidien d’un jeune homme ordinaire confronté à une destinée extraordinaire.

 

Son Aron Ralston puise au tréfonds de son être une soif de vivre absolument phénoménale, une capacité à surmonter la douleur et la résignation. Sa décision de s’amputer l’avant bras droit n’obéit qu’à seule logique : vivre.

 

L’art du metteur en scène est de nous faire partager le processus mental qui anime son héros. Ce dernier traverse bien des étapes, passe de l’espoir à l’abattement total, oscille entre réalité et hallucinations mais continue à exister.

 

Danny Boyle brosse le portait d’un jeune homme souriant, sportif dans l’âme, communicatif. Aron Ralston est aussi un amoureux solitaire de la nature qui tente d’échapper en quelque sorte au monde moderne et à la civilisation. Loin d’être un protagoniste taillé d’un seul tenant, le caractère du jeune homme semble est au contraire élaboré, voire complexe. Le réalisateur a su nous proposer un personnage plein de facettes et surtout de ressources.

 

Les péripéties que Ralston sont une chose mais l’étude comportemental en est une autre. L’un des centres d’intérêt majeur de "127 heures" est la présentation de cet homme au mental d’acier qui opère une traversée qui l’amène de l’obscurité à la lumière.

 

Le spectateur est immédiatement séduit par sa générosité dans l’effort et son penchant à se lier. Le drame qui le touche provoque l’empathie.

 

L’histoire prend aux tripes. Le spectateur a la très nette impression d’être coincé en compagnie d’Aron Ralston au fin fond de cette crevasse du Blue John Canyon.

 

La force de cette histoire, sans commune mesure avec tant d’autres récits , est de mettre le spectateur au défi avec une sorte de cheminement mental initiatique.

 

Aron Ralston est en proie à des hallucinations après plusieurs jours au fond de cette crevasse. Le film, cantonné jusqu’à là à un simple "survival movie" bascule dans l’irrationnel, voire le fantastique. Un renversement de perspectives du à la douleur physique, aux privations et à un sentiment d’abandon.

 

C’est au fin fond du gouffre, dans tous les sens du terme, qu’Aron Ralston trouve l’étincelle de vie nécessaire pour se couper l’avant bras droit.

 

Et l’acte en lui-même ?

 

Etrangement l'amputation ne choque pas outre mesure. Même si le résultat peut paraître cru et révoltant pour le sens commun, et si au bout Aron Ralston perd une partie de lui-même, le geste est synonyme de préservation.

 

Vivre avant tout comme je l’ai déjà dit.

 

"127 heures" nous réserve son lot de péripéties qui font avancer le récit. Aron Ralston fait preuve d’ingéniosité pour s’alimenter et s’aménager un minimum de confort. Des séquences qui font monter la tension dramatique.

 

Sur le plan de la mise en scène Danny Boyle utilise certains artifices pour dynamiser son récit. La caméra vidéo, sorte d’ultime confessionnal, la prise de photos permettent de varier les angles de vue et de diminuer l’exiguïté du lieu.

 

L’utilisation de flash back, symboles d’un temps jadis forcément heureux, a pour but de renforcer ces impressions de solitude et de regret.

 

Le dénouement final connu à l’avance, on y revient obligatoirement, atténue forcément la charge émotionnelle mais Danny Boyle s’emploie dans chaque scène à amplifier le moindre détail.

 

J'ai lu ici ou là que certains chroniqueurs s'évertuaient à comparer "127 heures" à "Buried", l’excellent film de Rodrigo Cortés  dans lequel le personnage principal (Ryan Reynolds) était confronté au huis clos intégral, à une claustrophobie destructrice. A mon sens l'optique du film de Danny Boyle  est différente.

 

Même si le sentiment d’enfermement opère pendant les 2/3 du film, le spectateur n’a pas ce sentiment d’étouffement. Le héros est à l’air libre, c’est une évidence.

 

Danny Boyle s’ingénie à jouer avec nos nerfs en juxtaposant des plans de cette étroite crevasse et des panoramas ensoleillés.

 

James Franco, présent d’un bout à l’autre du long métrage, est plus que stupéfiant. Son jeu d’acteur bluffe l’auditoire. Un rôle en or. Le dépassement de soi suinte à l’écran.

 

"127 heures" est l’un des films de ce début d’année. Un moment de cinéma intense qui fait écho à la soif de vivre d’un individu ordinaire confronté à un choix de vie draconien.


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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 08:00

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Cela quelque temps déjà que je suis fâché avec les frères Coen. On appelle cela une histoire de rendez vous manqués mais leurs derniers longs métrages m’ont quelque peu laissé sur le bas côté.

 

Et récemment j’ai pris "True Grit" en pleine tronche.

 

Le western est un genre cinématographique qui ne tolère pas les demies mesures et les films fadasses. "True Grit" est du meilleur bois. Une réussite incontestable.

 

A la base il y a le roman de Charles Portis déjà adapté en 1969 sous le titre "Cent dollars pour un shérif" avec LA légende de l’ouest, John Wayne.

 

Le nouveau film des frangins ne ressemble à aucune autre œuvre de sa catégorie. "True Grit" nous fait vite vibrer pendant deux heures avec une histoire simple et une esthétique d’une pureté incroyable.

 

"True Grit" est un film plein de vie et de fougue.

 

Le film est avant tout basé sur une histoire dense et prenante. Les frères Coen sont passés maîtres dans l’art de nous exposer des tranches de vie hors du commun.

 

L’impression première est souvent qu’il ne se passe pas grand-chose dans leurs films, au regard de certains sacro-saints critères, mais en allant au-delà de ce sentiment immédiat, on se rend compte que les deux réalisateurs nous plongent au beau milieu d’univers où les compromis ne sont pas à l’ordre du jour. Ces deux là ont l’art et la manière de nous emmener là où ils le souhaitent.

 

La vengeance, impitoyable et froide, se retrouve au centre de "True Grit".

 

Le destin de la jeune Mattie Ross (Hailee Steinfeld) bascule quand son père est assassiné brutalement par Tom Chaney (Josh Brolin).

 

Armé de son seul courage et d’une détermination sans bornes, l’adolescente, à peine sortie de l’innocence de ses jeunes années, fait appel aux services du marshall Rooster Cogburn (Jeff Bridges) pour traquer l’assassin de son paternel. En chemin le Texas Ranger Laboeuf (Matt Damon) rejoint l’improbable duo.

 

"True Grit" est un film qui prend aux tripes car le propos est intense. La thématique est universelle. A partir d’un fait divers tragique, les bases de l’intrigue sont posées en quelques minutes. Le spectateur est confronté à l’essentiel car les Coen ne tournent pas autour du pot. En substance "True Grit" se limite à un forfait, un châtiment.

 

Nous plongeons avec bonheur dans une ambiance de cinéma extrêmement réaliste. Le panorama nous en met plein les yeux.

 

Nous sentons le soleil nous brûler la peau et la poussière nous coller à la peau. L’Ouest, le vrai, le vaste, s'anime sous nos yeux. Nous galopons cheveux au vent aux côtés des protagonistes, au beau milieu d’étendues et de paysages à la beauté renversante.

 

Dans sa forme le long métrage rend un hommage appuyé aux héros légendaires de l’Ouest et aux westerns marquants du 7ème art. Nous avons le droit à notre lot de chevauchées, de fusillades filmées dans les règles de l’art. Le montage met en exergue ces temps forts si importants.

 

"True Grit" trace aussi sa propre voie avec une facilité déconcertante. Les frères Coen ont pris ce qu’il y avait de meilleur dans le western et l’ont confronté à leur monde si particulier.

 

"True Grit" est avant tout une œuvre où des personnages hors du commun d’entrechoquent. Des protagonistes entiers, originaux, des tronches que le spectateur n’oublie pas si facilement.


En quelques coups de pinceau si j’ose dire ces derniers émergent de la toile.

 

L’une des forces du cinéma des frères Coen est l’importance accordée aux mots. "True Grit" ne déroge par à la règle. Les dialogues sont truculents, enlevés. Les échanges entre Mattie Ross et le Marshall Cogburn nous font sourire et nous attendrissent.

 

Des échanges où l’ironie et l’humour tiennent une place prépondérante. Les frères Coen nous ont habitué par le passé à des réparties, des saillies finement ciselées. Les dialogues entre le fier Texas Ranger Labeouf et le Marshall Cogburn sont l’occasion d’instants inoubliables où les sous entendus sont légions.

 

Le personnage de Mattie Ross est la clé de voûte du film. Sa présence permet aux deux cinéastes d’insuffler une dose nécessaire d’émotion pure. Malgré sa détermination et sa résolution, Mattie Ross reste une enfant dans ce monde de crasse et de brutes épaisses. La fragilité de ses sentiments, la douleur qui l’anime impriment leur marque sur l’auditoire. L’art des deux cinéastes réside dans la manière de mettre en relief la vérité des sentiments sans tomber dans le pathos gratuit.

 

Jeff Bridges est comme à son habitude d’une classe folle, d’un professionnalisme de tous les instants. Son interprétation de Rooster Cogburn est pleine d'entrain.

 

Matt Damon fait son entrée de manière éclatante dans l’univers des Coen. Il campe un Texas Ranger mémorable.

 

Mais la jeune Hailee Steinfeld est LA très grande révélation du long métrage. Sans coup férir elle vole indiscutablement la vedette à ses aînés. Son jeu est mature, assuré, déterminé. Et son visage passe parfaitement à l’écran. L’avenir nous dira si son chemin sera ou non pavé d’or mais Hailee Steinfeld illumine "True Grit" de sa présence.

 

"True Grit" rappelle aux spectateurs l’importance du western dans le cinéma contemporain. Je suis comme beaucoup de mes camarades amoureux de ces longs métrages où les intrigues sont tranchées dans le vif à coup de flingues. Ces atmosphères où le sans foi ni loi règnent sont assurément l’un des piliers du 7ème art.

 

Dommage que le cinéma oublie parfois ses fondamentaux.

 

Merci aux frères Coen pour cette brillante piqûre de rappel. 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 09:30

Mystères de l'écriture.

 

En janvier : panne sèche (manque d'inspiration ? Perte du feu sacré ?).

 

En février : l'extase rédactionnelle.

 

Entre le vendredi 4 et le lundi 7 février j'ai écris 10 articles pour mettre à jour mes chroniques "A l'affiche". Jamais je n'avais autant produit en si peu de temps. J'ai gardé le rythme depuis.

 

Mes doigts couraient sur le clavier. Je sais très bien que quantité ne rime pas forcément avec qualité mais j'ai eu l'impression de marcher sur l'eau.

 

Tout a été très vite.

 

Alors pour vous y retrouver je vous propose de cliquez sur les images de votre choix.

 

Bonne (re) lecture.


 

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 10:00

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J’ai un terrible aveu à vous faire : jusqu’à ce jour je n’avais jamais vu aucun long métrage de Darren Aronofsky

 

La première bande annonce de "Black Swan" fut une véritable révélation. Une campagne promotionnelle d’une qualité exceptionnelle (des affiches rétro au design renversant) a aiguisé mon appétit de cinéphile. Une évidence s’est alors imposée tout naturellement à votre serviteur : "Black Swan" était un film pour moi.

 

Force est de reconnaître que "Black Swan" peut prétendre légitimement au titre de "Film de l’année" tant il brille au firmament du 7ème art.

 

"Black Swan" est une œuvre éblouissante, intemporelle, irréelle parfois, inclassable. Un véritable choc visuel. Darren Aronofsky peut désormais se targuer d’avoir mis en scène un film culte, une référence dont les cinéphiles parleront encore dans un quart de siècle.

 

"Black Swan" est à la fois un thriller psychologique d’une rare intensité, un drame profond et le récit d’une descente aux enfers quasiment unique dans l’histoire du cinéma.

 

La danse classique comme thématique principale est traitée avec tout le sérieux qui s’impose. Le metteur en scène ne se contente pas d’effleurer la surface des choses et prend son sujet à bras le corps.

 

L’ensemble du film résonne aussi comme un vibrant hommage à celles et ceux qui sacrifient tout à leur art. Amis, famille, plaisirs doivent s’incliner devant la grâce du ballet et la beauté des corps dans l’effort.

 

Je suis un néophyte en danse classique et en ballets (même si je connais les plus grandes œuvres). L’un des atouts de "Black Swan" est son cachet d’authenticité. La manière de cadrer, le travail des comédiens font gagner au long métrage l’épreuve de la crédibilité.

 

On y croit. 

 

Nous entrons pleinement dans l’univers et les coulisses  du New York City ballet. Le spectateur découvre une vie de dévouement à la danse, une succession de privations, une accumulation de douleurs physiques et morales jusqu'à la limite du supportable et parfois au-delà, un quotidien où les mêmes gestes sont répétés inlassablement jusqu’à la perfection.

 

La perfection est justement l’objectif que vise la ballerine Nina (Natalie Portman). Après des années de souffrance quotidienne et de labeur ininterrompu, son implication est reconnue par le metteur en scène Thomas Leroy (Vincent Cassel) qui la choisit comme Reine des Cygnes dans le ballet de Tchaïkovski "Le Lac des Cygnes" alors que l’ancienne danseuse étoile, Beth MacIntyre (Winona Ryder), se voit remerciée.   

 

Mais la présence d'une nouvelle danseuse dans la troupe, l’énigmatique Lily (Mila Kunis), vient troubler le jeu. Nina doit aussi composer avec Erica (Barbara Hershey), sa mère possessive.

 

 "Black Swan" captive son auditoire. Pas moyen de s’en défaire. Le sujet nous prend aux tripes. Nous sombrons en même temps que le principal personnage dans un abîme de doutes et d’incertitudes.

 

Darren Aronofsky nous visse à nos fauteuils avec une trame narrative originale, enlevée, magnétique.

 

Le scénario est d’une précision chirurgicale et d’une finesse de tous les instants. La réalité et les fantasmes sont constamment mélangés. Le point de vue de Nina est forcément tronqué. Ses craintes, sa soif de perfection et sa quête de réussite coûte que coûte précipitent son basculement dans la folie.

 

 "Black Swan" est une suite de duos entre Nina et les autres protagonistes. Des intrigues secondaires qui se chevauchent, s’opposent, se répondent dans lesquelles le sexe et la séduction tiennent une place de choix. 

 

Nina a une relation singulière et inquiétante avec sa mère. La jeune femme a 25 ans vit toujours dans sa chambre d’enfant (au décors bien infantile) et subit les remarques inquisitrices de sa génitrice.

 

La ballerine et l’énigmatique et tyrannique metteur en scène ont des liens basés à la fois sur l’attirance et sur la répulsion. Une sorte de lien organique existe entre les deux entités.

 

L’une des clés de lecture essentielle du film réside dans l’existence du couple Nina/ Lily à l’écran. La troublante rivale a-t-elle oui ou non une existence avérée ?

 

La présence de Beth MacIntyre, gloire déchue, présente un double intérêt pour Nina. L’ancienne danseuse étoile symbolise la perfection à atteindre mais sonne aussi comme un cruel rappel à la réalité. Au sommet un jour, aux enfers le lendemain.

 

Au centre de "Black Swan" se trouve la schizophrénie de Nina. La jeune ballerine est condamnée à réussir ou à périr. L’enjeu est posé dès les premières minutes du film. Le spectateur se rend compte que la chute sera forcément brutale car l’héroïne se retrouve prise au piège dans une voie sans issue.

 

Sa volonté de réussir et de toucher du doigt la perfection de la danse l’amène  à mettre en péril son équilibre personnel. 

 

Constamment le spectateur se demande si les perceptions de Nina relèvent ou non de son imagination.

 

Le dénouement final lève en partie nos doutes et nous donne surtout envie de revoir le film, histoire de démêler le vrai du faux. 

 

Le parti pris du metteur en scène est de privilégier le point de vue de son héroïne et de laisser le public se débrouiller avec le contenu livré sans clefs de lecture. La démarche et le niveau d’exigence sont élevés mais expliquent en grande partie la réussite de "Black Swan"

 

Les transformations et blessures physiques, l’apparition de personnages dédoublés ici ou là, la traversée de lieux quasi dépeuplés, l’enfermement de Nina dans une relation égocentrique et passionnée avec son art traduisent l’état de solitude mentale qui anime une ballerine à la recherche de son Saint Graal.

 

Darren Aronofsky nous manipule constamment. "Black Swan" mélange allégrement éléments tangibles et hallucinations jusqu’à l’étourdissement. Une véritable immersion cauchemardesque qui surprend et égratigne l’auditoire.

 

Le choc ressenti n’en est que plus fort pour Nina et pour nous. Jamais une quête obsessionnelle n’avait été filmée avec autant de brutalité et de passion.

 

Le réalisateur ne lésine pas sur les effets de mise en scène pour nous surprendre au détour de moments ordinaires de la vie de cette femme troublée. Une perte de repères progressive voulue et parfaitement maîtrisée. Le jeu infernal est à la limite de la perversité.

 

"Black Swan" peut aussi se résumer à l’éternelle lutte entre le bien et le mal. Nina est un adorable Cygne blanc symbole d’innocence et de pureté. Cependant dans "Le Lac des Cygnes" l’animal est double. Le Cygne Noir incarne le mal et la corruption. Pour Nina, la recherche de la perfection l’oblige à passer de l’autre côté du miroir. Son âme est souillée par l’existence de cette dualité avilissante, son corps se métamorphose.

 

Blanc et Noir, Bien et Mal, réalité et hallucinations constituent bien l’ossature de l’œuvre.

 

Tous ces éléments convergent et se combinent dans un final endiablé. Nina danse enfin "Le Lac des Cygnes". La jeune femme est au sommet de son art, au centre de toutes les attentions et pourtant son funeste destin est déjà tout tracé.

 

La conclusion, tant redoutée, est brutale. Des ultimes minutes qui prennent l’apparence d’un pur moment de cinéma. Nina danse divinement bien mais perd totalement pied avec la réalité.

 

Puisque nous évoluons au royaume du ballet la musique tient forcément une place prépondérante et incontournable. Le travail de Clint Mansell est admirable. Le mélange des sonorités classiques et d’accents plus modernes sied à "Black Swan". Les notes traduisent l’opposition de sensations pures, d'instincts primaires.

 

Mila Kunis est plus que convaincante, Barbara Hershey se rappelle à nos bons souvenirs en mère possessive, Winona Ryder brille l’espace de deux scènes, Vincent Cassel interprète son personnage avec classe mais que serait "Black Swan" sans son Cygne (qu’il soit blanc ou noir d’ailleurs) ?

 

Pas grand-chose en fait.

 

Natalie Portman porte le long métrage sur ses frêles épaules. Sa prestation est unique, originale, hallucinante de vérité. De la justesse à chaque seconde en danseuse de haut niveau. Sa présence permanente, liée au point de vue choisi, fait qu’elle dévore littéralement l’écran. Rarement une actrice n’avait autant brillée. Exceptionnel.

 

"Black Swan" vous touchera forcément malgré son économie de véritables sentiments et d’émotions à fleur de peau. Darren Aronofsky a mis en scène une œuvre d’une force dévastatrice.


Le long métrage est symbolique à plus d'un titre et représente dans l'absolu une sorte voyage initiatique jusqu'aux frontières de la douleur physique.

 

Si vous devez assister à la projection d’un seul long métrage cette année, faites de "Black Swan" votre priorité absolue.

 

Une salle de cinéma devrait forcément se trouver à un battement d’ailes de votre domicile.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 09:00

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Peu de longs métrages font l’unanimité autour d’eux. Je suis sorti enthousiasmé et ravi de la projection du film de Tom Hooper : "Le Discours d’un Roi".

 

Une œuvre passionnante, éblouissante, touchante qui ne souffre d’aucun défaut. Quel moment de cinéma.

 

Nous sommes plongés au cœur de l’une des histoires les plus méconnues de notre monde contemporain, celle d’Albert, Duc d’York qui monta sur le trône en 1937 en prenant le nom de George VI à la suite de l’abdication de son frère Edouard VIII (une première pour le Royaume-Uni) qui refusait de céder aux injonctions du Gouvernement et de l’Eglise concernant ses relations avec l’américaine Wallis Simpson

 

George VI (Colin Firth), père de l’actuelle souveraine Elisabeth II d’Angleterre, souffrait d’un terrible mal qui le rongeait depuis l’enfance : un bégaiement tenace qui lui interdit pendant bien des années de tenir une place de premier plan dans la vie publique britannique. 

 

Grâce au soutien constant de sa femme Elisabeth Bowes-Lyon (Helena Bonham Carter) et de Lionel Logue un orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes (Geoffrey Rush), le souverain imposa sa présence à ses sujets et fut pendant la seconde guerre mondiale l’une des figures de proue, avec Winston Churchill, de la résistance anglaise au péril nazi.

 

"Le Discours d’un Roi" est une épopée historique et personnelle d’une rare intensité. Nous pénétrons dans l’intimité des rois et des reines par le petit bout de la lorgnette. Nous sommes au cœur d’un drame humain s’insérant lui-même dans l’Histoire d’un peuple et d’une nation.

 

Nous allons au-delà des paravents. Nous côtoyons les puissants dans leur quotidien. La véracité historique est l’un des points forts du long métrage. La reconstitution, visuellement parfaite (lieux, costumes, accessoires), et le récit, basé sur un travail en amont (archives, témoignages directs et indirects) donnent à l’ensemble un cachet d’authenticité de première importance. L’Angleterre des années 30 déborde de l’écran. 

 

Le spectateur fait aussi connaissance d’un souverain proche de sa famille et de ses enfants. Les gestes et les paroles de tendresse complètent admirablement bien le tableau brossé par le réalisateur. Une plongée dans la bulle d’intimité qui humanise un être qui n’est pas qu’une simple figure historique.

 

Le récit est d’une incroyable densité et nous captive de prime abord. Tom Hopper octroie à son film un rythme d’une justesse quasi musicale. Point de temps morts. Les séquences "royales" alternent avec des moments plus intimes.

 

Le bégaiement de ce souverain nous touche et rend le personnage profondément humain et atypique. Ses doutes, ses hésitations de langage, sa peur vissée au corps sont comme des fers rouges qui nous marquent. La détresse d’Albert d’York puis de George VI est plus que palpable.

 

Tom Hooper restitue à merveille ce sentiment de trahison et de frustration que ressent un homme déprimé et résigné dont la vie change grâce à l’intervention décisive d’un praticien hors du commun.

 

Le metteur en scène nous fait le récit d’une relation exceptionnelle entre un Roi et l’un de ses sujets. La méfiance est d’abord de mise entre deux êtres que tout sépare. Puis la confiance s’installe et enfin nous assistons à la naissance d’une amitié profonde et sincère. Le spécialiste agît en faisant fi des usages royaux et nomme le Prince Albert "Bertie" alors que ce dernier nomme l'orthophoniste "Lionel".

 

Une amitié cimentée par un respect mutuel, un soutien de tous les instants. Grâce au médecin, le souverain opère un changement pour le moins inespéré : sa voix, autrefois son pire ennemi, devient l’un de ses vecteurs de son affirmation politique (malgré le poids quasi négligeable des souverains dans la conduite des affaires et de la vie publique).

 

Le spectateur est au comble du bonheur à l’occasion des nombreuses séquences qui mettent en présence les deux hommes. Des instants drôles (car le film sous son aspect "sérieux" comporte des moments très drôles), parfois tendus mais toujours cordiaux. 

 

"Le Discours d’un Roi" est un hymne à l’amour. A l’écran l’appui indéfectible à son souverain de mari est très bien restitué. Le long métrage met en lumière la vie d’une femme courageuse, dévouée. L’affirmation du Roi dans son discours à la Nation, au moment de l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne le 3 septembre 1939, est aussi sa réussite.

 

Puisque "Le Discours d’un Roi" met en exergue le langage et ses difficultés, il était plus que normal que les dialogues du long métrage sont d’une teneur exceptionnelle. Et franchement sur ce plan là, le long métrage brille par la qualité, l’exubérance parfois, l’humour typiquement britannique, la densité des répliques entre les protagonistes.

 

J’ai eu le plaisir d’assister à la projection du film en version originale et la langue de Shakespeare donne de la densité à l’ensemble qu’un simple doublage ne pourrait assurément restituer.

 

La musique d’Alexandre Desplat (oui encore lui) est magnifique. Le thème principal est léger, entraînant, nostalgique à souhait.

 

Mais nulle réussite sans moment d’anthologie cinématographique. La fameuse séquence du discours du Roi est désormais inscrite dans ma mémoire pour longtemps.

 

Un passage touchant à bien de égards. Des minutes émouvantes (j’en avais presque les larmes aux yeux), troublantes, égrenées au son de la symphonie 7/2 de Beethoven où le souverain devient vraiment Roi dans l’esprit et le cœur des anglais. Tom Hooper parachève son film sur une brillante conclusion.

 

Geoffrey Rush nous en met plein les yeux et marque les esprits avec une interprétation pleine d’amplitude.

 

Loin de ses rôles baroques et démesurés, Helana Bonham Carter joue à la perfection ce rôle d’épouse au caractère trempé. Un soupçon d’humour (les séquences au domicile de l’orthophoniste sont carrément jouissives, surtout la dernière lors de la rencontre de la femme du praticien) et une détermination de tous les instants donnent une épaisseur au personnage.

 

Mais que dire de Colin Firth ? Monumental.

 

L’acteur anglais y trouve le rôle de sa vie (jusqu’à présent). L’expression n’est absolument pas galvaudée ici. Une prestation brillante, démesurée, intense, étonnante. Les superlatifs me manquent tellement ce Roi lui colle à la peau. Le travail de diction (et surtout de non diction) suinte le professionnalisme à l’écran. Aucune caricature dans son jeu.

 

"Le Discours d’un Roi" est assurément l’un des longs métrages de l’année. Le spectateur prend du plaisir à chaque seconde avec un drame humain d’un intérêt renversant.

 

A voir.

 

A voir.

 

A voir.     

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Published by Samom - dans à l'affiche
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