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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 11:00

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Le cinéma nous réserve parfois de drôles de surprises. La bande annonce de "Never Let Me Go" me laissait supposer que j’allais être plongé dans un drame amoureux on ne peut plus basique.

 

Je me suis fourvoyé dans les plus grandes largeurs.

 

Le long métrage de Mark Romanek, adaptation d’un roman à succès du japonais Kazuo Ishiguro, est bien plus que cela.

 

Ce qui frappe les spectateurs est avant tout la tonalité extrêmement pessimiste de l’ensemble. L’œuvre nous égratigne et le spectateur n’en sort pas indemne.

 

Le film possède une étonnante force intrinsèque, une puissance poétique troublante.

 

Le récit se déroule à plusieurs époques. Trois protagonistes sont au cœur du film : Kathy (Carey Mulligan) qui nous narre la chronique des événements passés et ses deux amis de toujours, Tommy (Andrew Garfield) et Ruth (Kiera Knightley).

 

L’entame, à la fois habile et mystérieuse, et nous immerge dans un univers où le temps semble s’être arrêté. Nous partageons le quotidien de ces trois pensionnaires et de leurs congénères élevés dans la plus pure tradition britannique au sein d’une institution de renom. Un espace où les coutumes, les savoirs faire séculaires permettent de façonner les esprits tout en respectant le bien être moral et la santé de jeunes pouces. Le tableau est idyllique.

 

Le spectateur est touché par les jeux puérils, les babillages et les amourettes de protagonistes innocents et plein de grâce.

 

Mais soudain ce miroir aux alouettes se fissure et nous laisse entrevoir la terrible et tragique vérité.

 

Le cadre est en fait une Angleterre "parallèle" dans laquelle ces jeunes gens grandissent jusqu‘à un certain âge mais ne sont destinés à vivre vieux. Leur sort est réglé depuis des lustres. Leurs organes vitaux sont prélevés en plusieurs fois et il est très rare qu’un adulte survive après son troisième "don".

 

"Never Let Me Go" peut se voir aussi comme un vaste questionnement sur le don de soi, une interrogation sur le sens de la vie. L’œuvre nous heurte, nous émeut. Le tragique de la situation réduit à néant l’optimisme béat qui sommeille au plus profond de nous. L’altérité de ce monde nous choque profondément.

 

L’autre élément qui touche notre sens commun est la résignation qui habite les personnages. Parce qu’ils ont été élevés pour ça, l’idée de remettre en cause le système ne leur vient même pas à l’esprit. Le concept de fuite est une aberration. Habilement le long métrage met en jeu des valeurs telle que la destinée et l’inéluctabilité d’une situation.

 

Dans sa globalité le film s’appréhende comme une sorte de chronique philosophique d’un monde pas si éloigné du notre. Nos peurs, nos propres interrogations, nos angoisses trouvent un formidable écho dans "Never Let Me Go".

 

Dans "Never Let Me Go" le rythme est très lent. Un tempo qui permet aux situations de s’installer avec quiétude. De manière posée nous faisons connaissance avec des protagonistes (enfants puis adultes) qui se révèlent être attachants au plus haut point.

 

Des êtres qui forment un triangle où amour et amitié rivalisent constamment. Les liens tissés depuis l’enfance se révèlent finalement plus forts que tout.


Mais leur avenir est scellé. L’amour est mort né.

 

Toutefois une certaine soif de vivre anime Kathy, Tommy et Ruth. Un besoin d’exister sur le moment et surtout de ne pas se projeter dans le futur. Une instantanéité qui apporte au spectateur un certain réconfort très vite tempéré, voire carrément altéré au final, par l'inexorabilité du sort qui les attend.

 

Mark Romanek a choisi de de filmer d'une manière épurée du moindre artifice. Son travail est mis en valeur par une photographie d’une beauté phénoménale.

 

Le cadre spatio-temporel bucolique nous ramène à l’Angleterre des années 50-60. Les lieux d’étude, les cottages, les stations balnéaires nous sont familiers. Le metteur en scène a su créer une sorte de bulle réconfortante qui nimbe les héros du film. Le contraste avec le destin de ces jeunes gens est plus que saisissant.   

 

La trame narrative dramatique, empreinte de science fiction, laisse les personnages s’exprimer et surtout exister un temps il est vrai relativement court.

 

Le long métrage permet aux instants touchants de se faire jour. Des émotions à fleur de peau qui impriment leurs marques ça et là. "Never Let Me Go"est très émouvant. Les larmes ne sont jamais bien loin.

 

Kieira Knightley apparaît ici à son avantage. Sa composition est pleine de retenue et de sobriété. Andrew Garfield incarne un adolescent plein de contradictions et de rage avec juste ce qu’il faut pour retenir notre attention.

 

Toutefois c’est la prestation de Carey Mulligan qui emporte l’ensemble des suffrages. La jeune femme, à la beauté si particulière, entichée d’une sorte de sourire triste en coin tout au long du film, étonne par la qualité et la justesse de son jeu.

 

"Never Let Me Go" est un long métrage d’une tristesse abyssale qui ne vous donnera pas la pêche. Une œuvre qui pose beaucoup de questions mais qui apportent peu de réponses (qui est responsable de ce système de dons ?).

 

Mais le film comblera les cinéphiles grâce à l’élégance de sa mise en scène, la force des personnages et la teneur du propos.

 

Un film qui met en avant la résignation des protagonistes et qui tente de provoquer une réaction de nos consciences.

 

C’est tellement rare dans le 7ème art.


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Published by Samom - dans à l'affiche
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