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"l'âge des ténèbres"

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Puis j'ai assisté à la projection du film "l'âge des ténèbres" du réalisateur Denys Arcand.

Je tiens à préciser que je suis pas du tout un familier de l'univers de ce cinéaste. Je n'ai jamais vu, ni "Le déclin de l'empire américain", ni "Les invasions barbares". Donc je me suis rendu à cette séance en toute quiétude, malgrè le fait que j'ai lu ici ou là que "l'âge des ténèbres" marquait la fin d'une trilogie, la fin d'un cycle d'observation de l'humanité.

La trame ressemble à "American beauty" : un quinqugénaire se rend compte que sa vie ne va plus du tout. Son vernis bourgeois craque de toutes parts. Son mariage est un échec, son épouse est une "executive woman" qui réussit sa vie professionnelle mais qui délaisse son mari. Sa vie familiale dans son ensemble est un fiasco. Les relations avec ses deux filles sont au point mort. Je pourrais même dire les non-relations tellement le mur générationnel est immense.

Pour couronner cette vie personnelle morose, son existence professionnelle est un enfer. Harcelé moralement par sa supérieure hiérarchique, notre héros malgrè lui, se rend compte que son travail au gouvernement du Québec ne sert à rien. Comme il le dit lui-même, il passe d'interminables journées à écouter des gens "plus mal fichus que lui".
En toute honnêteté il avoue que l'aide de l'Etat n'est que pure poudre aux yeux.

Là où ce film devient franchement original est que ce type ordinaire a une botte secrète, un moyen pour changer son quotidien : il fuit la réalité pour s'épanouir dans un univers de rêves. Il y côtoie de superbes créatures, connaît à nouveau le plaisir sexuel (car sa vie charnelle "terrestre" est aussi d'un néant total). Il exerce des professions ou des fonctions qui font de lui l'idole des foules (réalisateur à succès, chef d'un parti politique). Son incursion, bien réelle cette fois ci, dans le monde médieval, régale les spectateurs car elle apporte une bouffée d'oxygène à un homme qui souffre.

Le film est truffé de trouvailles qui permettent à chaque fois à l'oeuvre de rebondir. L'histoire est formidablement bien mise en scène. Mais ne croyez pas qu'il s'agisse d'un bon gros film de comédie. Bien au contraire. Tour à tour se succèdent des moments très drôles (son enterrement, en rêve bien sûr, ou la soirée de "speed dating") et des passages très émouvants voire très troublants (son impuissance à agir ou à communiquer face à une mère grabataire ou ses entretiens professionnels).

Le film est sans concession pour l'univers professionnel : il brise les familles de celles ou ceux qui ont choisi de faire passer leur carrière avant leurs proches. La charge est très dure contre les institutions gouvernementales qui pratiquent du pseudo assistanat à l'égard des personnes dans le besoin (qu'il soit professionnel, social ou économique).

Mais le film serait très sombre s'il n'y avait pas ces plongées dans l'univers onirique. La force du film est de nous faire rire avec des situations bien moroses. Ce pauvre employé passe même une bonne partie du film à dialoguer avec les créatures qui le font fantasmer. L'une des apparitions (Diane Kruger, excussez du peu) finit même par se plaindre de son statut de fantasme car elle n'apparaît qu'à de modestes employés de bureau dans de sinistres bourgades.

Je ne regrette pas d'avoir pris le risque de plonger au coeur de cet univers cinématographique si particulier. Un film où l'on rit. Mais le drame et la morosité ne sont jamais très loin. Quel plaisir aussi de découvrir le comédien québécois Marc Labreche qui livre une prestation monumentale.

Le titre "l'âge des ténèbres" fait plutôt référence initialement à la fin d'un cycle mais à la fin du film on peut se dire qu'au contraire il s'agit d'un jour nouveau.

Notre homme quitte tout, fait exploser la cellule familiale, choisit de dire au revoir à ses doux rêves pour mener une existence qui lui ressemble.

Un prélude à de relations plus saines avec ses proches.

Un geste tendre sur le visage de sa fille ainée, un sourire de sa femme.

...un nouveau départ dans la vie ?
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