Que feriez-vous si votre univers s'écroulait après que l'un de vos proches se fasse agrésser, en votre compagnie, avec la plus grande des sauvageries ?
C'est à cette question que répond le réalisateur Neil Jordan dans "A vif".
La vie d'Erica Bain (Jodie Foster), présentatrice d'une émission de radio, bascule le jour où son compagnon est battu à mort devant ses yeux. Elle-même subit de très graves blessures. Après plusieurs semaines de convalescence, sa récupération physique est totale, mais psychologiquement, c'est désormais une étrangère quand elle se contemple au tréfond d'elle-même.
Et puis un jour, presque par hasard, notre héroïne, plein de vie autrefois, bascule à son tour dans la violence et décide de se venger.
Ce thème de la vengeance a été abordé maintes fois au cinéma. Il n'y a rien de franchement nouveau mais l'innovation réside dans le traitement de la douleur morale. La réalisation est habile et souligne avec force ce mal-être. Les hésitations et les peurs de la jeune femme, au sortir de l'agression, se traduisent graphiquement à l'écran (plans qui ont l'air de vasciller, grain particulier et tons sombres).
L'un des points forts du film est de ne pas sacraliser les agissements d'Erica Bain. Elle ne se sent investi d'une mission divine ou n'agit pas pour la société. Elle apporte uniquement "sa" réponse à la souffrance qu'elle endure. A plusieurs reprises on ressent qu'elle appelle de ses voeux son arrestation tellement la vie lui paraît insoutenable en l'état.
La seule chose qui paraît moralement discutable est la fin du film. Mais cet épilogue se conçoit cinématographiquement parlant. Il y a là deux choses biens distinctes : une oeuvre de fiction et le jugement que pourraient porter des hommes ou une société. Il n'y a aucun plaidoyer pour l'auto-Justice.
Le film insiste juste sur un drame personnel et les actes qui en découlent. Dans un film comme celui-là, chacun y trouve ce qu'il est venu chercher.
Le long métrage bénéficie de l'incroyable prestation de Jodie Foster. A croire que cette actrice est une Midas du 7ème art : tout ce qu'elle touche se transforme en or. Son jeu est sûr, profond (la douleur qu'elle exprime, ses silences, son activité radiophonique qui est un écho à sa propre voix intérieure, ses attitudes).
Elle agit et réagit comme un animal qui traque sa proie. Aucun plan, ses victimes, toutes rencontrées au hasard, sauf une, ont chacune quelque chose à se reprocher. Rien n'est gratuit.
Du côté de la Loi, le film s'appuit sur l'excellente composition de Terrence Howard en flic déterminé, sûr de lui, mais plein de compassion. Je suis persuadé que cet acteur, l'une des valeurs montantes du cinéma américain, va devenir incontournable d'ici peu.
Un film qui mérite largement d'être vu. Un long métrage qui pose problème et qui nous met face au miroir. Que ferions-nous dans un cas pareil ?
Sans faire de la psychologie de comptoir, je dirais que nous avons toutes et tous en nous une part de violence qui reste en sommeil. Un monstre qui ne demande qu'à être libéré de ses chaînes. Et parfois le problème n'est pas de savoir ni où, ni comment cette fureur va se libérer...