Dés que j'ai vu la bande annonce de "20th Century Boys" il y a quelques mois je me suis dit "il faut que je vois ce long métrage". Malgré une distribution encore famélique, c'est chose faite depuis la fin de la matinée.
Et je suis heureux. Que c'est bon de voir des longs métrages originaux, d'une qualité plastique, scénaristique, dramaturgique au dessus de la moyenne. Un réel plaisir de cinéphile.
Japon 1969 : un groupe d'enfants espiègles, rassemblés autour de Kenji Endo, ont crée une base secrète pour se réunir. Ensemble ils rêvent à l'Exposition Universelle qui doit se dérouler l'année suivante. Sur un "cahier de prédictions", ils inventent un récit de science fiction qui prévoit la destruction de l'Humanité pour le 31 décembre 2000 à minuit orchestrée par une mystérieuse organisation maléfique. Dans ces écrits ils se mettent eux mêmes en scène en sauveurs de l'humanité.
Japon 1997 : après le suicide de l'un des membres de la bande, Kenji retrouve ses anciens camarades et voit son pays sombrer dans un chaos programmé. Un secte apocalyptique, dirigée par un mystérieux "Ami" tisse progressivement sa toile un peu partout dans la péninsule nippone et gravit inexorablement les différents échelons du pouvoir.
Des catastrophes se produisent un peu partout et sont exactement les mêmes que celles que les gamins turbulents avaient consignés autrefois dans leur "cahier de prédictions.
La bande de Kenji, lui-même présenté comme un terroriste par les autorités manipulées par la secte d'Ami, réussira-t-elle à empêcher la fin du monde ? Et qui est ce mystérieux ami qui aurait pu lui aussi lire ce "cahier des prédictions" ?
"20th Century Boys" est tiré d'un manga éponyme imaginé par Naoki Urasawa. Normalement il devrait s'agir d'une trilogie cinématographique.
Le premier film séduit dés les premiers instants par l'ambiance créée. L'univers qui nous est proposé est raffiné, finement ciselé. L'esthétisme est véritablement soignée. Un soin incroyable est apporté à la photographie. La palette des couleurs employées est très riche. Aux scènes lumineuses de jour s'opposent des séquences d'obscurité marquées par des noirs profonds, intenses. Tous ces éléments concourent à créer un climat original.
La réalisation de Yukihiko Tsutsumi est marquée par des procédés qui, à défaut d'être originaux, sont employés à bon escient et n'indisposent pas le spectateur. Le film est bâti sur de nombreux aller retour entre 1969 et 1997 voire 2000. Nous voyons évoluer les personnages du long métrage à l'âge adulte et lors de leur enfance. Ces bonds dans le passé et/ou le futur nous livrent à chaque fois un peu plus d'informations sur les protagonistes.
Mais le long métrage débute en 2015 quand l'un des sauveurs de l'humanité, le narrateur de l'oeuvre, raconte comment il a côtoyé un héros (Kenji Endo) pendant une bonne partie de son existence.
En me documentant sur le film je me suis rend compte que le travail de pré production a été important pour charpenter solidement ces concordances temporelles. Ainsi les acteurs enfants et adultes sont d'une ressemblance qui frise le mimétisme. L'illusion formelle est parfaite, troublante même.
Sur le fond "20th Century Boys" est un film passionnant. Le scénario est d'une très grande richesse. La précision est l'un des maîtres mots de ce film. Rien n'est laissé au hasard. La réalisation est suffisamment dense pour nous tenir en haleine pendant plus de deux heures vingt.
J'ai vu "20th Century Boys" en version originale et j'ai particulièrement apprécié les intonations traditionnelles gutturales de la langue nippone. Combinées aux masques que portent certains membres de la secte de "l'Ami", on a l'impression très nette de se trouver en plein théâtre de Nô.
Sur le fond le long métrage voit s'opposer deux systèmes de pensées, deux modes de fonctionnement bien distincts.
Kenji et ses compagnons d'enfance symbolisent tout ce qu'il y a de meilleur dans l'humain. Les enfants sont unis par l'amitié, un lien indéfectible. Le don de soi symbolise leur devenir. Certains vont jusq'au sacrifice ultime pour sauver le monde. Ces enfants du 20ème siècle ont construit un solide groupe, uni dans le jeu mais qui s'est avéré par la suite être la seule voix discordante dans un Japon gangrené par une organisation tentaculaire. Ces gamins sont devenus des adultes luttant pied à pied contre un ennemi qui devenu plus puissant au fil des ans.
Inversement la secte de "l'Ami" représente le mal absolu, un pouvoir de séduction plus que dangereux. Le film dénonce la constante manipulation d'une organisation qui croit dans l'ombre et qui finit par prendre le pouvoir légalement. La métaphore caractérisant les régimes totalitaires est évidente. Cette secte séduit les masses, s'occupe des loisirs de tout un chacun, prend secrètement le contrôle des forces de l'ordre, gagne les élections et s'impose comme la voi(e)(x) unique.
Les membres de la secte mentent, utilisent des armes chimiques, déstabilisent les fondements de la société pour arriver à leurs fins.
"20th Century Boys" est efficace à plus d'un titre. Ce récit fantastique millénariste porte en lui bien des condamnations. La fiction s'appuie sur des précédents historiques avec une telle virtuosité que le long métrage acquiert indiscutablement un statut de film culte. "20th Century Boys" bénéficie également de la double interprétation d'un casting d'enfants dont la présence à l'écran séduit et de talents nippons confirmés qui marquent le spectateur.
J'adore le cinéma asiatique mais j'ai rarement pris autant de plaisir dans une salle obscure. Un long métrage qui nous prend par la main et qui nous entraîne dans des terres inconnues. Quel bonheur que de suivre les aventures de ces gamins rêveurs et passionnés.
Une oeuvre qui inquiète par la tournure prise par les événements narrés mais qui apporte quand même une bonne dose d'humanité.
chanceux ! Passé nulle part vers chez moi... :(j'ai adoré le manga, le film semble suivre scrupuleusement celui-ci, donc ça ne peut qu'être génial !Hâte de le voir, heureusement que le net est là... héhéhé
Je partage ton enthousiasme. Le sujet du film est fascinant (un jeu d'enfant peut-il, par effet papillon, provoquer la fin du monde ?), les acteurs attachants et les effets spéciaux sacrément spectaculaires.