Aujourd'hui j'ai vu dans un premier temps "Dorothy" de la réalisatrice françaiseAgnès Merlet.
Dorothy Mills (Jenn Murray) est une fille étrange qui est accusé d'avoir tenté de tuer un bébé. Elle vit sur une petite île britannique au sein d'une communauté très soudée. Jane Morton (Carice Van Houten), une psychiatre, est envoyée sur place pour étudier le cas de l'adolescente. Eprouvée psychologiquement par un drame personnel (la perte de son fils) la jeune femme a un accident de voiture à son arrivée sur l'île. Puis elle subit l'hostilité d'une partie des insulaires.
La psychiatre commence son travail avec Dorothy. La patiente semble souffrir d'un syndrome de personnalités multiples. Jane fait la connaissance des différentes "identités" de Dorothy. Parallèlement des incidents se produisent. Un lourd secret pèse sur cette communauté et Dorothy semble en être la clé. La vérité sera-t-elle révélée ?
Le film d'Agnès Merlet est un film d'ambiance réussi. Un thriler psychologique. Ne vous attentez donc pas à voir des litres d'hémoglobine ou des effets visuels à tout bout de champ. L'oeuvre n'a qu'un postulat de départ : qu'on entre ou pas complètement dedans. Si le spectateur est bien "immergé", l'impact est total.
La réalisatrice a su créer un climat étouffant, pesant qui contraste avec les grandes étendues (prairies de l'île et océan) que nous percevons à l'écran. La communauté insulaire est soudée, étriquée, cimentée par la religion qui tient les âmes dans le droit chemin. Dieu est partout.
Mais ce groupe restreint est étrange, hostile aux étrangers voire même agressif. Sans trop en dévoiler, la fin du film prouve que ces gens préfèrent laver leur linge sale en famille plutôt que de faire appel aux autorités. Indiscutablement on pense aux habitants de l'île de "The Wicker Man".
Au fil des minutes on se rend compte que "Dorothy" mélange les genres. L'oeuvre est basiquement un drame du quotidien teinté d'accents fantastiques. Au centre de "Dorothy" on retrouve la thématique du dialogue avec les morts. Le scénario est d'une rare finesse. Même si la clé de voûte de l'intrigue se devine assez facilement, le tout est amené avec intelligence.
Agnès Merlet fait preuve d'une réelle maîtrise dans sa mise en scène. Sa réalisation est totalement homogène et sait très bien nous amener là où elle le désirait. La tension est palpable d'entrée et se distille insidieusement comme un poison lent dans nos veines.
La réalisatrice fait monter la tension progressivement grâce à un faux rythme assumé. Puis dans un second temps les moments de crise se font plus fréquents.
Chaque personnage est parfaitement dessiné. Il y a une vraie galerie de gens inquiétants (le prêtre, la tante de Dorothy). La psychiatre, tourmentée par ses propres démons, perd pied dans un contexte qu'elle croyait maîtrisait. Mais le personnage le plus fascinant est bien évidemment la jeune Dorothy. Ses multiples personnalités, ses pleurs, ses colères nous touchent ou nous éprouvent tour à tour.
Techniquement le long métrage bénéficie d'une superbe photographie. Le point fort du film est sa bande son. Le travail sur les voix de Dorothy est très impressionnant. Au diable les prothèses en mousse ou les maquillages sanguinolents, chaque entité qui sommeille en Dorothy s'exprime à chaque fois par un timbre de voix différent.
Carice Van Houten, dont la beauté rappelle les héroïnes Hitchcockiennes, est parfaite dans le rôle de la psychiatre. Son jeu est sûr et plein de nuances. La vraie révélation du film est la jeune Jenn Murray qui impressionne par la variété de son interprétation. Elle donne à Dorothy de la densité, de la force et une épaisseur incroyable.
"Dorothy" va certainement disparaître des écrans assez rapidement mais je suis très content de l'avoir vu. Un film avec un climat bien à lui. Bravo Agnès Merlet.
Film intelligent en effet, sensible et doté d'une atmosphère aussi palpable qu'intrigante. Malgré quelques petites facilités, ce thriller emporte l'adhésion grâce à une formidable interprétation et une belle bande son, mais surtout en raison de la propension de la réalisatrice à jouer avec les genres, à insérer des détails qui nous poussent dans de nombreuses directions. Une réussite qui prend son temps pour se digérer.