Ce matin j'ai vu "Funny Games U.S" de Michael Haneke, huit jours après avoir regardé l'original déjà réalisé par le cinéaste autrichien.
"Funny Games" fut il y a dix ans un choc pour la planète cinéma. Un long métrage dérangeant, surprenant où la violence physique et la torture psychologique étaient totalement assumées.
Se pose bien sûr la question de l'intérêt de cette nouvelle version. Par le passé des cinéastes ont prouvé que l'on pouvait mettre en scène des remakes de manière originale. De nouveaux personnages, une intrigue remaniée ou tout simplement une approche ou un angle d'attaque différent.
La version U.S se contente d'être l'exacte copie de son devancier. Cependant, permettez moi d'envisager deux hypothèses :
1) Le spectateur qui découvre le film pour la première fois ressortira forcément troublé, ému ou choqué.
Une pauvre famille dont le père George (Tim Roth) et la mère Anna (Naomi Watts) tombent sous le joug de deux psychopathes (Michael Pitt et Brady Corbet). Ces derniers prennent du plaisir à jouer avec ce couple et leur enfant. Leur jeu est cruel, pervers.
Le jeu redoutable a des règles qui changent tout le temps. On se rend compte que la hiérarchie entre les deux tueurs, terme que j'employais il y a 8 jours, est aussi illusoire. Tous leurs actes apparaissent comme de la simple poudre aux yeux. Leurs échanges avec des prénoms et des surnoms font penser à des personnages de théâtre. Une comedia del arte morbide.
Je suis persuadé que le film est "violent" même si les actes les plus crus (le meurtre du petit garçon ou l'élimination du chien) n'apparaissent pas à l'écran. La violence est mentale aussi. L'intrusion de ces deux jeunes gens dans la vie d'une famille sans histoires peut être assimilé à un "viol" de la vie privée, une pénétration au coeur de la cellule familiale et de l'univers domestique basique que représente la maison.
Pour ces "nouveaux" spectateurs "Funny Games U.S" provoquera sans nul doute le malaise ou la polémique. Un long métrage qui dérange les consciences. Le cinéphile peut être aussi surpris par le manque de réaction ou la passivité tout au long de ce triste épisode. En voyant cette version je me suis dit que cette famille américaine typique ressemblait à un animal aveuglé et paralysé la nuit par les phares d'une automobile sur une route de campagne. Un couple complètement amorphe. Seul le petit garçon tente de s'en sortir.
Mensonge, tout est mensonge. Aucune explication n'est donnée au spectateur concernant les agissements de ces psychopathes. Les pistes données par l'un des tueurs sur l'enfance de son compagnon sont également illusoires. Tout fait partie de ce jeu de dupes.
Du long métrage se dégagent les interprétations de Michael Pitt qui interprète un dangereux criminel, un être au coeur bien sombre mais à la figure angélique et Naomi Watts qui range son costume d'or et paillettes pour se donner à fond dans cette version américaine de "Funny Games".
Pour les néophytes, "Funny Games" est une oeuvre forcément incisive qui frappe là où ça fait mal...
2) Pour celles et ceux qui comme moi ont déjà vu le film de 1998, le présent long métrage est forcément moins séduisant. Nous connaissons les règles du jeu, les procédés employés et la tragique conclusion.
Bien sûr la question du suspense ne se pose même pas. Nous attendons l'enchaînement des événements sans réel espoir de voir des éléments changer. Ici ou là de subtiles nuances permettent d'enfoncer le clou. L'original laissait quelque peu en suspend le sort des voisins de cette famille, dans la version U.S Michael Haneke nous montre leurs cadavres.
Alors se pose la question de la pertinence d'un tel film. La démarche de Michael Haneke est surprenante voire dérangeante à plus d'un titre. A-t-il voulu couper l'herbe sous les pieds de cinéastes américains en mal de sensation en réalisant son propre remake ?
La leçon de 1998 n'avait peut pas eu la portée espérée. Les américains, nous le savons toutes et tous sont des imbéciles qui ont du mal à voir des films étrangers avec des sous-titres. Bon je plaisantes bien sûr. J'ai lu cette phrase dans bon nombre d'écrits "officiels" du film et vraiment je trouve qu'il y là un manque de respect envers le jugement critique et la capacité d'appréciation des spectateurs américains.
Michael Haneke voulait sans doute donner plus d'ampleur à son propos en choisissant de porter de transposer l'histoire originelle en terre américaine. De nouveau le réalisateur a pointé du doigt une société violente. Avec un "Funny Games U.S" il s'attaque aussi à l'industrie cinématographique qui produit de longs métrages pour satisfaire un public qui en demande toujours un peu plus.
s'attaque aussi de En choisissant de désacraliser une actrice en vogue outre atlantique, Michael Hanekemanière évidente à l'une des valeurs sûre de la société américaine : la cellule familiale. Sous les coups du réalisateur, la structure de base implose en 90 minutes.
Avoir vu les deux films en moins de dix jours n'est absolument pas une gêne. Ils s'apprécient à des niveaux d'exigence différents.
ps : merci à Pénélope pour ses remarques bien instructives.














